Comment les romans de Victor Hugo reflètent-ils la société française du XIXe siècle ?

January 19, 2024

La littérature est souvent le miroir de la société dans laquelle elle s’inscrit. Les oeuvres de Victor Hugo, éminent poète, dramaturge et romancier du XIXe siècle, en sont l’illustration parfaite. Elles nous immergent dans le Paris de l’époque, avec ses misères, ses luttes et ses espoirs. A travers ses romans, le peuple est au cœur de son œuvre. Dans cette analyse, nous explorerons comment Hugo, cet homme du siècle, a utilisé la littérature pour dépeindre la société de son époque.

Victor Hugo, une voix du peuple

Victor Hugo n’est pas seulement l’homme des lettres, il est aussi l’homme du peuple. Né à Paris, il a été témoin des profonds bouleversements sociaux et politiques qui ont marqué le XIXe siècle. Il a utilisé sa plume pour dépeindre les luttes du peuple, rendant ainsi visible l’invisible.

Dans le roman "Les Misérables", publié en 1862, Hugo décrit avec minutie la vie des classes les plus défavorisées de Paris. Les injustices sociales, la pauvreté, la criminalité, l’oppression politique, sont quelques-uns des thèmes majeurs de ce chef-d’œuvre. Par conséquent, "Les Misérables" est une fresque sociale majeure qui met en lumière les contrastes de la société parisienne de l’époque.

Le reflet de la société parisienne dans l’oeuvre de Victor Hugo

Le Paris du XIXe siècle est omniprésent dans l’oeuvre de Victor Hugo. La ville lumière devient le théâtre de ses romans, se transformant en un personnage à part entière. Dans "Notre-Dame de Paris", publié en 1831, Hugo rend hommage à la cathédrale, véritable symbole de la ville, tout en critiquant l’urbanisation effrénée et l’indifférence de la société face à son patrimoine.

Le roman "Les Misérables" offre une vision encore plus approfondie de la ville. Du quartier des Halles à la Butte Montmartre, Hugo nous fait traverser les rues de Paris, nous plongeant dans l’atmosphère de cette époque. Le Paris décrit par Hugo est un Paris populaire, vivant et tumultueux, où la misère côtoie le luxe.

Victor Hugo, un engagement politique

Victor Hugo était également un homme politique engagé. Député de Paris durant les années 1848 à 1851, il milite pour des lois plus justes. Ses convictions politiques sont présentes dans ses oeuvres, notamment dans le recueil "Les Châtiments", écrit en réponse au coup d’État du 2 décembre 1851.

Dans "Les Misérables", il critique la loi et la justice de son époque. Il dénonce notamment le système pénitentiaire inhumain et le traitement des pauvres. Par ses écrits, Hugo contribue à éveiller les consciences et à influencer le cours de l’histoire.

L’influence de l’histoire dans l’oeuvre de Victor Hugo

L’histoire a une place de choix dans l’oeuvre de Victor Hugo. L’écrivain n’hésite pas à mêler fiction et réalité pour dresser un portrait fidèle de la société de son époque. "Les Misérables" s’inscrit dans le contexte de la Révolution de 1848 et de l’établissement du Second Empire.

La préface de "Les Contemplations", un recueil de poèmes publié en 1856, exprime également l’influence de l’histoire. Hugo y fait référence à des événements marquants de sa vie personnelle, tels que le décès de sa fille Léopoldine, mais aussi à des événements historiques, comme la Révolution de 1848.

Ces éléments historiques permettent à Hugo de contextualiser ses œuvres, lui offrant une base solide pour critiquer la société et les politiques de son époque.

Ainsi, à travers ses romans, Victor Hugo offre un véritable témoignage de la société française du XIXe siècle. Observateur attentif, il utilise sa plume pour dénoncer les inégalités, l’injustice et les failles du système. Son œuvre reste donc un précieux témoignage pour comprendre la France de cette époque.

L’originalité de l’écriture hugolienne : une fusion artistique et sociale

Victor Hugo, par son style d’écriture unique, a su créer une fusion entre l’artistique et le social dans ses romans. La beauté de son écriture est indéniable et sa maîtrise de la poésie brille à travers ses œuvres. À l’exemple des recueils "Les Feuilles d’automne" et "Les Voix intérieures", il utilise la poésie pour exprimer ses sentiments, ses émotions mais aussi pour faire écho aux problèmes sociaux de son époque.

Dans "Les Odes et Ballades", il mêle l’histoire, la philosophie et la poésie pour créer un univers littéraire où chaque mot a un poids, chaque phrase un sens. Il n’est pas seulement question de belles tournures de phrases, mais d’un message profond, d’une réflexion sur la société, la liberté et l’humanité.

De plus, dans "La Légende des siècles" et "Les Rayons et les Ombres", Hugo nous transporte à travers les époques et les civilisations, démontrant ainsi sa vision de l’histoire comme un continuum, un mouvement perpétuel vers le progrès et l’émancipation de l’individu.

Même dans ses drames romantiques comme "Ruy Blas" ou "Cromwell", dont la préface est considérée par beaucoup comme le manifeste du drame romantique, Hugo a su intégrer ses préoccupations sociales et politiques. Le personnage de Jean Gaudon, par exemple, est une allégorie du peuple opprimé, et son discours final est une critique acerbe de la noblesse et du pouvoir absolu.

Victor Hugo et le suffrage universel

L’engagement politique de Victor Hugo ne s’est pas limité à sa carrière de député ou à ses écrits. En effet, il a été un fervent défenseur du suffrage universel. Il a affirmé à de multiples reprises, notamment dans ses "Actes et Paroles" et lors de ses discours à l’Assemblée Nationale, que le droit de vote était fondamental pour la démocratie et l’émancipation du peuple.

Dans son discours prononcé en 1848, il déclare : "Le suffrage universel est le droit de tous, il est le devoir de tous. C’est la loi sacrée de la démocratie. C’est le lien qui unit le citoyen à la patrie, c’est la garantie de la liberté, c’est la sauvegarde de la justice". Ainsi, Hugo considérait le suffrage universel comme un outil essentiel pour résoudre les problèmes sociaux et politiques de son époque.

A la suite de cela, il a même écrit un poème intitulé "Au peuple", publié dans son recueil "Les Châtiments", qui exprime sa vision de la démocratie et son espoir de voir le peuple français exercer pleinement son droit de vote.

Conclusion

A travers ses romans, son théâtre et sa poésie, Victor Hugo a su dépeindre avec une grande précision la société française du XIXe siècle. Son engagement politique, son soutien au suffrage universel, sa défense des opprimés et sa critique des injustices sociales font de lui un écrivain engagé et conscient. Ses œuvres sont non seulement une source précieuse pour comprendre la France du XIXe siècle, mais elles sont aussi un appel à la réflexion et à l’action pour améliorer la société.

Il serait donc difficile de surestimer l’importance de Victor Hugo dans la littérature française et son influence sur la société de son époque. Comme l’a si bien dit William Shakespeare, "Tout le monde est une scène", et Victor Hugo a su utiliser cette scène pour mettre en lumière les problèmes de son époque et pour éveiller les consciences.

Revisiter l’œuvre de Victor Hugo, c’est donc comprendre non seulement l’écrivain, mais aussi l’homme derrière l’écrivain, l’homme engagé, l’homme qui a voulu changer le monde par sa plume. Et c’est ce qui fait de Victor Hugo, selon Robert Laffont, "le plus grand écrivain français de tous les temps".